Patent: Le Mat

France 41694

(24018)

BREVET D’INVENTION DE QUINZE ANS,

En date du 20 juillet 1859,

Au sieur LE MAT, à la Nouvelle-Orléans,

Pour des perfectionnements aux révolvers.

Pl. IX.

Le problème à résoudre dans la combinaison des révolvers consiste à leur faire tirer le plus grand nombre de coups possible, à ne pas dépasser un poids déterminé afin d’en faciliter la manoeuvre et le transport, enfin, à les établir à un prix courant.

On est bien parvenu à fabriquer des révolvers pouvant tirer un grand nombre de coups, mais leur emploi n’a pu se propager et le tonnerre du pistoletrévolver, généralement adopté dans l’armée, n’est pourvu que de six coups seulement.

Mon invention a pour objet un nouveau révolver à canon central, disposé de manière à pouvoir décharger à la suite les unes des autres neuf balles ordinaires, et une cartouche à mitraille pouvant contenir quinze chevrotines et plus.

La combinaison mécanique que j’ai adoptée n’augmente nullement le volume du révolver qui, en outre, peut s’établir au prix courant des révolvers à six coups. Les points caractéristiques de mon révolver sont:

1º La disposition du canon central pouvant se charger, soit par la culasse, soit à la baguette par la bouche, et destiné à recevoir une cartouche chargée å mitraille;

2º La combinaison du chien qui peut, à la volonté du tireur, faire partir les balles du tonnerre ou la cartouche du canon central par le simple rabattement d’une pièce dont on verra la description ciaprès;

3º Le piston bourreur qui est établi de manière à charger les canons du tonnerre, tandis qu’il reçoit à l’intérieur la baguette du canon central;

4º La combinaison du tonnerre à canons rayés pour les révolvers se chargeant par la culasse;

5º Les nouvelles balles et cartouches qui peuvent être utilisées par ce révolver.

Fig. 1, vue extérieure de mon nouveau révolver du côté de la baguette et du piston bourreur.

Fig. 2 et 3, vues séparées du canon central recevant la cartouche à mitraille.

Fig. 4, canon du tonnerre isolé, et fig. 5, section de la pièce qui reçoit la baguette et le piston bourreur représenté fig. 6 et 6′.

Fig. 7 et 8, vue de côté et vue par bout du tonnerre adopté dans ce nouveau révolver.

Fig. 9, plusieurs vues de la clef qui relie le canon du tonnerre au canon central.

Fig. 10 et 11, chien avec sa tête mobile destinée à agir, à volonté, soit sur les canons du tonnerre, soit sur le canon central.

Fig. 12 et 13, disposition du tonnerre, vue en coupe et par bout, pour les armes se chargeant par la culasse.

Fig. 14, 15, 16, 17 et 18, différents systèmes de balles et cartouches employés facultativement avec le révolver.

Fig. 19, vis qui se place à l’extrémité de la baguette pour le nettoyage des canons, et fig. 20, mode de fixation de la baguette lorsqu’on désire la placer sous le canon central.

Le révolver à mitraille que j’ai combiné est disposé de la manière suivante:

Un tonnerre a, muni de neuf trous ou canons b, reçoit au centre un dixième canon c d’un diamètre double ou plus grand que les autres.

Ce tonnerre est glissé simplement sur le canon central c, dont la partie arrière porte une espèce de pas de vis d, destiné uniquement à recevoir un corps gras quelconque pour faciliter la rotation du tonnerre.

Le canon principal ainsi garni de son tonnerre est recouvert par un second canon e, destiné au service des neuf charges du tonnerre. On réunit ce canon au premier en glissant latéralement le canon central c dans l’anneau f et en faisant faire un quart de révolution à ce second canon pour engager le T g de sa partie arrière dans l’encoche h fixée à la culasse du canon central.

Pour assujettir davantage le système, le canon central est garni d’une encoche i et le second canon est traversé par une coulisse dans laquelle on glisse une clef représentée fig. 9.

Cette clef est maintenue: 1º par un ressort k qui en fait partie intégrante, et 2º par une petite vis à tête placée sur le côté du canon du tonnerre.

Ce dernier porte latéralement le piston bourreur let la baguette du canon central m qui sont reliés comme suit:

Le canon e porte du côté de la baguette un épaulement taraudé à l’intérieur, sur lequel on retient le récepteur n de la baguette au moyen d’une vis o.

Le récepteur n est percé dans toute sa longueur d’un trou ayant pour diamètre celui de la baguette, de manière que celle-ci vienne s’y loger avec facilité; mais, pour que cette baguette soit solidement maintenue, l’extrémité p du récepteur est fendue et d’un diamètre plus petit que celui de la tête de la baguette, de manière à faire ressort contre cette tête et à maintenir solidement la baguette une fois qu’elle est engagée.

Le canon e porte en outre un anneau q, ouvert sur sa circonférence et dont les branches font ressort pour forcer la baguette à rester appliquée contre le canon.

Enfin, la baguette vient butter contre un petit arrêt r, qui s’oppose à sa chute lorsque le pistolet a le canon baissé vers la terre.

Le récepteur n porte, vers le milieu de sa longueur, un support s, qui vient s’engager dans la tète du piston bourreur et retient ce dernier au moyen d’une vis t, qui joue dans une rainure u.

Le piston bourreur est garni lui-même d’une rainure qui vient s’engager à queue d’aronde dans le T v fixé au canon e.

Il est facile de comprendre alors le jeu du mécanisme de chargement: si l’on abaisse l’extrémité de droite de la baguette, le récepteur en se baissant avec celleci forcera le piston bourreur à glisser sur le T du canon e, et à se présenter devant un des neuf trous du tonnerre que l’on peut ainsi charger sans aucune difficulté.

Quant au canon central, il est chargé au moyen de la baguette placée dans le récepteur n. Si on le désire le piston chargeur peut être disposé comme on le voit fig. 1, tandis que la baguette du canon central serait retenue dans un anneau articulé comme on le voit fig. 20; enfin toutes les pièces ci-dessus décrites étant réunies, on les fixe à la crosse x dont la tête est disposée de manière à permettre au révolver d’être suspendu à la ceinture et de servir comme arme défensive, si le cas se présentait.

Le mécanisme du chien et de la détente ne présente rien de particulier, mais ce qui constitue un point important de mon invention, c’est la combinaison de la tête mobile du chien, laquelle permet par un simple abatage d’agir à volonté, soit sur le canon du tonnerre, soit sur le canon central.

Les figures 1, 10 et 11 laissent voir la tête mobile du chien, quand il est relevé et lorsqu’il est abaissé; elle se compose d’une pièce circulaire aplanie sur sa partie antérieure et munie de deux oreilles a’ qui servent à la relever ou à l’abaisser par un simple mouvement du pouce.

En outre de ces deux oreilles, j’ai disposé à la partie inférieure de cette tète deux joues b’ qui viennent embrasser de deux côtés la saillie c’ formée sur le tonnerre entre les cheminées.

Cette nouvelle disposition a pour but de maintenir le tonnerre, d’éviter toute rotation pendant le déchargement des canons du tonnerre et d’empêcher la capsule, lorsque le coup part, de se projeter en éclats de côté et d’autre.

Lorsque le chien doit agir sur le canon central, la tête prend la position indiquée fig. 10 et 11 pour agir sur la cheminée d’ du canon central, fig. 2; dans ce mouvement, c’est-à-dire lorsque le chien est armé pour le canon central, le tonnerre ne tourne plus, parce que le chien qui doit passer par trois crans pour être armé lors du départ des coups du tonnerre ne finit pas sa course par suite de la rencontre de la tête mobile et de la cheminée du canon central.

Pour que la tête du chien soit toujours maintenue convenablement dans tous les cas, le chien reçoit à l’intérieur un ressort e’ qui vient appuyer sur la partie circulaire de la tête et produit la pression nécessaire pour s’opposer au jeu de la tête dans un sens ou dans l’autre; enfin, pour que le tonnerre soit toujours maintenu rigidement quand chacun de ses canons vient se présenter devant le chien, la détente est garnie d’une saillie qui vient s’engager nécessairement par la partie inférieure dans une des encoches f’ du tonnerre.

Lorsque le pistolet doit être chargé par la culasse, le tonnerre se trouve nécessairement modifié et les cheminées supprimées.

L’introduction des cartouches a lieu dans le canon central en rabattant la porte g’ et dans le canon du tonnerre par le rabattement de la porte h’, comme il est indiqué fig. 12.

Pour les armes se chargeant par la culasse, je garnis les trous du tonnerre, comme on le voit fig. 13, de rayures intérieures i venant se raccorder avec celles du canon e.

En outre, à partir de la naissance des rayures, le diamètre des canons du tonnerre diminue, de manière que la balle soit forcée lors du départ de la cartouche.

Il est évident que l’on peut employer des canons rayés pour le tonnerre dans le cas des armes se chargeant à la baguette, comme pour celles se chargeant par la culasse.

J’ai combiné également, pour les armes se chargeant par la culasse, plusieurs dispositions de cartouches qui font partie de mon invention et sont représentées fig. 14, 15, 16, 17 et 18.

Dans la figure 17, la balle est conique et munie de saillies k’ sur sa circonférence.

Son intérieur, comme on le voit, est évidé en coupe, et elle est entourée à l’extérieur d’une enveloppe cylindrique l’ en papier dans laquelle on place la charge de poudre.

Dans la figure 16, la balle est également conique; mais l’enveloppe en papier, au lieu d’être collée autour de la balle, est prise dans une gorge ménagée à la partie inférieure de la balle.

Pour obtenir ce résultat, on moule la balle droite à sa partie inférieure, puis, au moyen d’un instrument, on forme la gorge m’ dans laquelle on place l’enveloppe cylindrique de papier.

Ensuite on fait, avec un mandrin conique à son extrémité, une forte pression à l’intérieur de l’enveloppe cylindrique de manière à former sur la balle une partie conique creuse dont les côtés viennent serrer le papier et le maintenir solidement.

Dans la figure 18, la balle est moulée avec la gorge n’ dans laquelle on colle la partie supérieure de l’enveloppe cylindrique en papier.

Dans tous ces genres de cartouches, fig. 17 et 18, je garnis d’une légère couche de fulminate tout le fond de la cartouche et principalement les bords, de manière que le chien, en venant frapper sur un point quelconque des bords, détermine le départ de la cartouche.

Pour le canon central, les cartouches sont d’une dimension beaucoup plus grande.

Elles se composent, soit d’une enveloppe métallique très-mince, soit d’une enveloppe en matière convenable quelconque à l’intérieur de laquelle on place un certain nombre de petites balles o, fig. 15, maintenues entre des cartons p, et du fulminate en quantité suffisante pour produire le départ de ces balles.

Voici les points distinctifs de l’invention:

1º La disposition d’un révolver dont le tonnerre porte neuf canons et au milieu de ce tonnerre un canon central d’un diamètre beaucoup plus fort se chargeant à mitraille:

2º La fermeture à T et l’ensemble des pièces qui concourent à retenir le canon central aux canons du tonnerre;

3º La combinaison d’un chien à tête mobile pouvant, à volonté et suivant les circonstances, produire le déchargement des canons du tonnerre ou celui du canon central;

4º La disposition particulière des joues qui s’opposent à la rotation du tonnerre pendant l’explosion et celle des encoches disposées sur le tonnerre pour l’empêcher de tourner quand le chien est armé;

5º Le nouveau piston bourreur recevant à l’inté rieur la baguette du canon central qu’on peut, à volonté, placer au-dessous du canon central, ainsi qu’il a été expliqué;

6º La disposition du tonnerre à canons rayés pour les armes se chargeant par la culasse;

7º Les divers genres de cartouches simples ou à mitraille qu’on a combinées pour s’adapter à mon révolver;

8º La faculté de charger le révolver et le canon central par la culasse ou par l’embouchure.